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Anthropologie du Vietnam

Vol. 4 - L’espace singulier du destin

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Raconter par l’écriture c’est lut­ter contre la pré­des­ti­na­tion de son des­tin ; l’aventure créa­tive se sub­sti­tue à l’obligation kar­mique d’être. Raconter une lutte, un com­bat, une bataille de sa vie contre sa propre des­ti­née c’est pré­ci­ser com­ment l’individu trans­forme son des­tin, modi­fie son kar­ma, change la malé­dic­tion aux consé­quences plus ou moins graves pour que l’antidestin actif et créa­tif puisse se glis­ser à l’intérieur d’un des­tin condam­né à accep­ter, à subir. La parole d’un récit, l’écriture d’une oeuvre pro­posent ain­si un autre ordre d’existence « racon­té » par les rap­ports de forces agi­tés entre le moi libre et le monde cau­sal, pour de là réor­ga­ni­ser le dérou­le­ment de l’existence dans un autre sens, par­fois dans le sens contraire de celui de la pré­dé­ter­mi­na­tion exis­ten­tielle. De l’homme libre, l’écriture fait connaître avec exac­ti­tude le degré de la révolte humaine, puis la sou­mis­sion de masse face au tota­li­ta­risme. L’essence de l’homme se vit entre ces deux termes, la révolte et la sou­mis­sion, elle ne répond pas à l’existence par une solu­tion, mais devient à son tour une ques­tion qui se renou­velle sans cesse à chaque nou­velle réponse impo­sée par le régime tota­li­taire. Elle devient tou­jours plus ques­tion­nable à la fois pour l’homme qui se révolte et pour le sys­tème répres­sif en place ; et se déploie avec la liber­té en signi­fiant que l’indignité sera into­lé­rable, car tous les des­tins humains sont des sub­stances pen­santes, capables de sub­ver­sion, c’est-à-dire du ren­ver­se­ment kar­mique. Les figures de Hàn Mac Tu (1922−1940), Bùi Giáng (1926−1998), Tran Dan (1926−1997), Hoàng Cam (1922−2010), P. am Thiên Thu illus­trent cette révolte, contre la dic­ta­ture des hommes, et contre le destin. 

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