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La France et l’Inde des origines à nos jours

Tome 2 : Les comptoirs sous trois Républiques (1870-1963)

Évincée des Indes et confi­née dans ses minus­cules comp­toirs, la France y suit entre 1816 et 1871 une poli­tique indi­gène pru­dente, res­pec­tueuse des cultes et des castes, des usages et des cou­tumes, qui lui vaut, sinon l’adhésion, du moins la confiance des Indiens. Renouant avec le dogme révo­lu­tion­naire de l’assimilation par les ins­ti­tu­tions, la Troisième République rompt avec cette poli­tique en invi­tant les Indiens à élire au suf­frage uni­ver­sel, sans dis­tinc­tion de cou­leur, de reli­gion ni de caste, un dépu­té et un séna­teur, un conseil géné­ral et des conseils muni­ci­paux. Imposée sans concer­ta­tion préa­lable et sans la moindre ten­ta­tive d’assimilation cultu­relle, cette poli­tique, qui se veut décen­tra­li­sa­trice et éman­ci­pa­trice des intou­chables, pro­duit des effets désas­treux, confé­rant le pou­voir à un « par­ti indien » bien déci­dé à asseoir la domi­na­tion des hautes castes. Dans les années 1890, un « par­ti fran­çais » s’allie aux basses castes et aux musul­mans pour évin­cer l’oligarchie hin­doue. Dès lors, chaque élec­tion donne lieu à de gigan­tesques fraudes et à des vio­lences meur­trières entre castes et communautés.

C’est parce que la minus­cule Inde fran­çaise est deve­nue la terre des fraudes et des vio­lences élec­to­rales, que le par­ti du Congrès peut s’opposer à l’organisation d’un réfé­ren­dum d’autodétermination après l’accession de l’Union indienne à l’indépendance en 1947.

Le trai­té de ces­sion ne sera signé qu’en 1956, mais dès avant le trans­fert de fac­to du 1er novembre 1954, l’essentiel est déci­dé : les res­sor­tis­sants des comp­toirs auront la facul­té d’opter pour la France, ce que feront quelques mil­liers d’entre eux, à l’origine de la com­mu­nau­té fran­co-pon­di­ché­rienne ; les anciens Établissements fran­çais, Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, dont les habi­tants sont atta­chés à leur par­ti­cu­la­risme seront éri­gés en Territoire de l’Union indienne ; les ins­ti­tu­tions cultu­relles fran­çaises seront main­te­nues et contri­bue­ront au cachet de Pondichéry, dont la géo­mé­trie urbaine et la French Touch attirent aujourd’hui des visi­teurs indiens et fran­çais de plus en plus nombreux.

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