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L’Indigène et le citoyen

La Ligue des droits de l’homme dans les colonies 1898-1940

La Ligue naît de fac­to durant le pro­cès d’Émile Zola. Ce ras­sem­ble­ment se mue ensuite en une « Ligue des droits de l’homme et du citoyen », offi­ciel­le­ment enre­gis­trée le 4 juin 1898, soit quatre années après la condam­na­tion du capi­taine Dreyfus. L’Institution se dote dès les débuts, d’un solide groupe d’avocats et de juristes. La Ligue ne veut pas « créer du droit, mais pro­té­ger le droit ». Elle regroupe dans ses rangs des poli­ti­ciens de pre­mier plan, radi­caux et socia­listes mais éga­le­ment un grand nombre d’intellectuels et d’écrivains comme Anatole France, Marcel Proust et d’autres.

Après la Grande Guerre, la réflexion de la Ligue va essen­tiel­le­ment se por­ter vers le sta­tut poli­tique et social des colo­nies. Le pre­mier élan, en com­pa­gnies des Maçons et des socia­listes, va les pous­ser à impor­ter la République dans les colo­nies ; mais sur­tout pour les Européens ! Quel sta­tut alors pour les indi­gènes ? La Ligue va mener un com­bat inces­sant en faveur de la défi­ni­tion d’un sta­tut clair et le plus libé­ral pos­sible en leur faveur, un sta­tut du « citoyen indi­gène », habi­tant d’un « pays en deve­nirs », au sein d’une sphère mon­diale fran­çaise, com­pa­rable au Commonwealth.

Les colo­ni­sés enfin, les indi­gènes, que pen­saient-ils de tout cela ? Voulaient-ils deve­nir Français ? Appartenir à une super­puis­sance mon­diale fran­co­phone, ou bien vivre plus chi­che­ment, mais libre­ment, dans un pays qui leur appar­te­nait ? En fait, ils ne se levèrent pas en masse contre les par­tis indé­pen­dan­tistes ou com­mu­nistes pour impo­ser leur volon­té de res­ter ou deve­nir Français. Il est d’ailleurs impor­tant de signa­ler que ce sont les mou­ve­ments patrio­tiques qui se trou­ve­ront à l’origine des grandes réflexions réfor­mistes colo­niales de la métro­pole : Riff, Syrie, Indochine. Après cette date, le pou­voir colo­nial per­dra l’initiative et le Front popu­laire, mal­gré une vaste enquête sur les colo­nies ne pour­ra rien y changer.

Du même auteur :
Vol. 2 - Le rendez-vous manqué La politique indigène des grands commis au service de la mise en valeur 
(2006)