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La Marine de Vichy aux Antilles

Juin 1940 – Juillet 1943

Les Antilles tiennent dans l’imaginaire des offi­ciers de marine de la IIIe République une place à part ; escale tra­di­tion­nelle de l’école d’application des enseignes de vais­seau de la Marine fran­çaise, elles sont, dans la mytho­lo­gie navale, « le para­dis des mid­ships ». Paradoxalement, cette place de choix dans les ima­gi­naires est inver­se­ment pro­por­tion­nelle à leur impor­tance stra­té­gique. En rai­son de la situa­tion de ce théâtre d’opération, au cœur de la mer des Caraïbes sur laquelle les Américains n’entendent pas voir leur auto­ri­té dis­pu­tée, les forces navales fran­çaises y sont en effet réduites à une fonc­tion essen­tiel­le­ment sym­bo­lique. À la décla­ra­tion de guerre, le théâtre des opé­ra­tions des Antilles est pla­cé sous le com­man­de­ment d’un brillant marin, l’amiral Robert. Fin connais­seur du monde anglo-saxon, il est de sur­croît nom­mé haut com­mis­saire de la République aux Antilles et en Guyane, donc avec des pou­voirs poli­tiques consi­dé­rables qui empiètent sur ceux des gou­ver­neurs. Partisan for­ce­né du nou­veau régime, il fait appli­quer dans toute leur rigueur les direc­tives de Vichy. La Marine sort de son rôle mili­taire pour endos­ser des fonc­tions dévo­lues à l’administration colo­niale, ren­voyant à la fameuse « marée bleue », cette péné­tra­tion par les offi­ciers de marine de l’appareil gou­ver­ne­men­tal et admi­nis­tra­tif du régime pétai­niste. Aux Antilles, cette situa­tion a conduit à de nom­breuses dérives.

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