La Cornouaille politique 1870 – 1914

Étude sur le berceau de la Bretagne républicaine

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La mémoire natio­nale a long­temps dési­gné le « bloc conser­va­teur de l’Ouest » comme l’espace poli­tique carac­té­ris­tique du main­tien des tra­di­tions reli­gieuses et sociales et de leur tra­duc­tion poli­tique. La réa­li­té est plus nuan­cée et fait appa­raître des ter­ri­toires en contra­dic­tion avec cette image conve­nue. André Siegfried avait qua­li­fié la Cornouaille, c’est-à-dire essen­tiel­le­ment le sud du dépar­te­ment du Finistère, de « ber­ceau de la République » et de « foyer ori­gi­nel des idées démo­cra­tiques en Bretagne ». Plusieurs fac­teurs y concourent : l’héritage révo­lu­tion­naire est pré­sent dans les villes et le prin­cipe de l’égalité a essai­mé dans les cam­pagnes ; le pro­lé­ta­riat mari­time est à la source d’un véri­table « sans-culot­tisme » ouvert aux idéo­lo­gies de contes­ta­tion ; la petite bour­geoi­sie des nom­breux petits centres urbains se réclame de la moder­ni­té ; enfin, le « catho­li­cisme bleu » y sépare sou­vent la foi reli­gieuse des enga­ge­ments pro­fanes. La Cornouaille est, dès 1870, un espace poli­tique ouvert. Si elle se recon­naît dès juillet 1871 dans la République modé­rée, elle n’en est pas moins sen­sible aux cou­rants du radi­ca­lisme et du socia­lisme : le pre­mier, pré­sent dans les ports dès 1870, se répand dans les cam­pagnes à la fin du siècle ; le second, sous sa forme anar­cho-syn­di­ca­liste, essaime à par­tir de ses bases bres­toises et nan­taises au début du XXe siècle. 

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