Les élections politiques dans la République de Venise (XVIe-XVIIIe siècle)

Entre justice distributive et corruption

Maud Harivel

Venise – c’est la longévité de cette République sans conflit apparent qui lui valut son sobriquet : la Sérénissime. À en croire le mythe vénitien, cette incroyable longévité sereine serait le fruit d’une minutieuse horlogerie électorale alliant techniques aristocratique et démocratique pour élire – d’après la liturgie républicaine – le meilleur, le plus loyal et le plus capable des patriciens. Le pouvoir, conçu comme un bien commun à partager entre tous les membres de la noblesse, doit être réparti entre tous, selon le principe de la justice distributive. 

La procédure électorale était censée être incorruptible et favoriser l’élection du meilleur sans prendre en compte les intérêts familiaux, amicaux ou clientélaires. Mais à quoi bon la sophistiquer à l’extrême dans une communauté où le vote individuel n’existe pas ? 

En parallèle à la cérémonie électorale, s’en déroulait une autre à l’ombre des colonnes de la « piazza del broglio », l’actuelle « piazzetta de Saint-Marc ». Les patriciens avaient l’habitude de s’y réunir, de solliciter les votes de leurs concitoyens posant leur étole habituellement tenue sur l’épaule, sur l’avant-bras dans un geste d’humilité. 

Le « broglio » est ainsi cet espace de manœuvre informel qui permit aux patriciens de concilier les intérêts de la famille et des amis avec ceux de la République. Si le « broglio » était certes inévitable, tout n’était pas permis, certaines pratiques étaient tolérées plus que d’autres. 

La nécessité de la sphère informelle du « broglio » apparaît incontournable, permettant aux patriciens d’exprimer leurs ambitions politiques et aux électeurs de connaître les candidats potentiels aux charges. Loin de faire concurrence aux élections, le « broglio » les complète.

Nombre de pages : 374 | Format : 158 x 240 mm - Dos carré collé | Date de publication : 2019 | ISBN : 978-2-84654-526-6 | Prix : 33,00 €